






BRAVO
Une deco avenante et elegante, sans se Ia jouer.
BRAVO
La presentation des plats reste sobre au vu des ambitions gustatives. Elle ne cède pas aux excès du Mako moulage ou aux concours d’architecture pâtissière et autres prix de fleurissement sur assiette.
BRAVO
Une carte des vins qui chasse le petit propriétaire et pour les sobres (ne buvez pas trop d’eau, cela fout le cafard au maître d’hôtel), du vin compté à la réglette (vous payez seulement Ia quantité que vous avez bue).
L’Art et Ia Manière a trouvé une nouvelle arme pour se débarrasser des clients qui mettent trois heures à choisir sur Ia carte. Ils leur donnent tout, ou presque. Et de toute façon, c’est le meilleur puisque tout est bon.
Il y a un petit temps de réflexion dans le menu “Piano et cuivre”. Faites taire un instant l’orchestre, on hésite,
en prenant l’ascenseur des entrées entre ~foie gras de canard mi-cuit au bouillon de pot-au-feu”et “brochette minute de magret de canard aux épices, chutney à Ia granny smith”. II n’y a cependant pas matière à se suicider d’mdécision avec sa fourchette. Le symbole “&“ est glissé entre les deux plats et signifie qu’on aura les deux dans la même assiette. “Et oui, c’est ce qui est écrit” appuie le maître d’hôtel narquois Frédéric Marx. En effet, la maison teste actuellement l’effet “deux en un”. Deux recettes, d’un coup d’un seul. Sans surcharge évidemment, l’établissement, quoique d’allure bistrot, n’est pas du genre à gaver le client à la pelleteuse. On optera finalement pour la doublette “risotto crémeux, goujonnette de merlan en chapelure & carpaccio de bar a l’huile de gingembre, quenelle de tomate confite”. Le plus judicieux consiste à avaler la plus douce des forces en presence, le carpaccio coupé gros, frais et subtil cornme un zig-zag dans l’America’s cup. La tomate gratte la quille du tout avec sa petite pointe d’acidité. On prend une grande gorgée de Chateldon, vous savez l’eau que buvait Louis XIM pour enchamner sur le risotto profond comme le Vésuve et le merlaii pane, une beauté marine déguisée en Mc nuggets, assortie du même croquant qul fait crac. Le palais refait, on se plonge dans les jupes épaisses d’un vin du Languedoc nommé “El Carignator”, extraction aux racines du cépage, façon vampire. Une merveillle. Et plus loin on a sauce, plus propre que le Mont Saint-Michel un jour de tempête, une pièce de boeuf, son os a moëlle et sa sauce acide-amère-sucrée, puis son partenaire en double, le paleron de veau en petit cubes confits à la bière brune, mêlé de haricots cocos et d’uri bouillon à refaire les croisades. Pins razzia sur les desserts, raid sur le chocolat, prise d’otage pour la praline, pas de pitié pour le sucré. Une variation à la praline rose partie dans les nuages avec une sorte de mousseline, un “flocon”, un milkshake vanille/banane et un léger cake à la fleur d’oranger (penser à demander la recette), dernier set gagnant, puis match retour avec une croquette au chocolat, un dôme rempli de chocolat et de framboise puis, c’est vraiment pas du jeu, limite légal, une tuille d’orange remplie d’une mousse aérienne de Nutella qu’on peut tremper dans une tasse remplie de lait concentré sucré. Ah, les salauds. Fabrice Chaffardon en cuisine et son collègue narquois qui rigole au service volée, Frédéric Marx, tiennent incontestablement une des meilleures adresses de la ville.
François Mailhes
Nom du journal / 22/10/2007